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Une journée à l’école NovAgora

J’ai eu l’heureuse opportunité d’être immergée une journée dans l’école démocratique
Novagora. Dans la matinée, j’ai eu l’occasion d’observer la maturité émotionnelle des enfants
ainsi que leur qualité de « juriste » lors d’un Conseil de Justice durant lequel, certains enfants
ayant enfreint les règles du règlement intérieur étaient « jugés ». Le conseil de Justice est
composé uniquement d’enfants. Chacun bénéficie d’un temps de parole pour débattre sur les
faits, qualifier la règle du règlement enfreint et choisir une sanction appropriée. Chaque étape
du processus (fait – règle – sanction) est votée à la majorité. J’ai été frappé par la concentration
des enfants qui tentaient d’expliquer avec le plus de justesse possible les situations qui étaient
à l’ordre du jour du Conseil. Ils ont mobilisé leur faculté de raisonnement et d’argumentation
dans l’objectif de rendre justice pour la vie de l’école.
Dans la matinée, un parent d’enfant est arrivé également pour proposer une activité manuelle
aux enfants, de coudre des petits personnages en tissus pour Noël. Un enfant y a trouvé
grandement son compte et a pu me montrer avec enthousiasme ce qu’il a pu produire de ses
mains.
A midi, un groupe d’enfants s’est organisé pour faire des crêpes en s’entre – aidant et en se
répartissant les tâches. Ils agissaient ensemble dans l’intérêt de chacun, et proposaient aux
enfants qui n’ avaient pas encore mangé les crêpes qu’ils avaient cuisinées. Leur autonomie
dans cette gestion était impressionnante.
Après le repas, nous avons eu un débat philo avec un petit groupe sur le sens de la vie et de la
mort. Ces enfants ont soulevé des questions profondes et existentielles. Ils ont fait preuve
d’une capacité d’analyse de leur propre vécu, et ont témoigné de leurs expériences difficiles et
de leurs limites dans la gestion de leurs émotions. J’ai beaucoup appris d’eux. L’échange a été
riche en toute chose.
Les enfants se sont ensuite défoulés en salle de sport durant des jeux de combats. Ils ont
beaucoup d’énergie à dépenser et les lieux de l’école leur permettent de se défouler en toute
liberté et sécurité. Comme ils sont responsables d’eux-mêmes ils ont appris leurs limites et ne
se font pas mal.
La journée s’est terminée par un concours de chant dans la salle de musique avec le micro.
Chaque enfant a pu chanter ce qu’il voulait à sa façon.
J’ai été profondément touchée de cette journée, de la rencontre avec ces enfants et de la
confiance qu’ils m’ont accordés. Ils ont trouvé un lieu bienveillant pour grandir en autonomie,
en responsabilité et en s’épanouissant, un lieu ou ils peuvent être pleinement eux-mêmes.

Chetna

Vivre sans règles ? – Episode 3 – Le sens moral

Début juin 2018, nous avons fait l’expérience, à l’École NovAgora de vivre sans règlement intérieur et sans Conseil de Justice (voir épisodes 1 – La proposition et 2 – L’expérience).

Il était prévu que l’expérience dure 2 semaines. Finalement, au bout de 2 semaines, le Conseil d’École a choisi de prolonger l’expérience de 2 semaines encore, afin d’approfondir la réflexion, et avoir le temps de réfléchir à la suite.

Nous avons donc vécu pendant 4 semaines, sans règlement intérieur, et sans organe régulateur de la vie collective. Avant de parler du cadre concret auquel nous avons abouti aujourd’hui, quelques mois plus tard et à la suite de ces expériences ; je souhaite évoquer certaines réflexions qui nous ont suivies au cours de l’aventure, à commencer par une réflexion au sujet du « sens moral ».

Existes-t-il un sens moral commun ?

Je parlais dans mes précédents épisodes de « sens moral ». Tout en l’écrivant alors, je sentais déjà que ce concept n’avait pas beaucoup de résonnance pour moi, mais dans l’incapacité de trouver les mots adéquats, j’ai utilisé cette expression tout de même.

De ces quelques mois d’expérimentations, je reviens avec une vision plus éclairée de ces termes. Un sens moral commun inné, ne me semble pas exister. Il n’y  a que juxtaposition de mon sens moral, ton sens moral, son sens moral… Nous pouvons être d’accord en théorie sur des valeurs générales. À NovAgora, on est tou.te.s en accord sur la nécessité du respect, de la confiance, de la liberté… Mais si on creuse, si on cherche en profondeur et dans le détail…l’application concrète de ces valeurs dans le quotidien ne prendra pas la même forme pour les un.e.s et les autres.

La liberté ne veut pas dire la même chose pour toi et pour moi.
Et même si on s’entend sur une même définition, face à une situation très concrète, j’aurai une manière différente de l’appliquer, que toi.

Un sens moral commun, ne peut exister, selon mon expérience, que si on décide explicitement de se mettre d’accord sur sa définition précise, pour chaque situation. Sans quoi on reste dans l’illusion et le rêve d’avancer avec un idéal commun, qui n’est commun qu’en surface mais multiple et divers en réalité.

Pour illustrer cela, je prends un exemple très concret, inspiré de situations qui ont eu lieu à NovAgora lorsque nous n’avions plus de règles.

A. veut jouer du piano et B. veut regarder un film. On est d’accord, en théorie, que ces deux envies sont aussi légitimes l’une que l’autre, et que chaque personne doit être respectée dans ses besoins, et dans sa liberté de pratiquer l’activité de son choix. Seulement le piano et la télé se trouvent dans la même pièce. En l’absence de règles sur l’utilisation des pièces de l’école, comment on fait ?

Alors bien sûr, dans un monde idéal où chacun.e est parfaitement conscient.e de soi et des autres, parfaitement aligné.e,  parfaitement capable d’accueillir et de transformer les émotions que ces situations font naître, on pourrait assister à cela :

  1. « J’ai envie de jouer du piano. »
  2. « Moi j’ai envie de regarder un film. Comment on fait, c’est dans la même pièce ? »
  3. « On peut se partager le temps ? Je joue du piano pendant une heure, et ensuite je te laisse la salle pour que tu puisses regarder un film. »
  4. « Ok, faisons comme ça ! J’ai bien envie de t’écouter jouer du piano en attendant, est-ce que tu es d’accord ? »
  5. « Oui avec plaisir. »

Oui, ça pourrait se passer comme ça. Mais malheureusement il se trouve que c’est rarement le cas.

Parce que peut-être que B vit une situation difficile à la maison, il est donc plein d’émotions et va réagir vivement lorsqu’il devra débattre pour décider de l’occupation de la salle, alors qu’il avait justement besoin de s’y réfugier pour être au calme et seul.

Parce que A est peut-être une jeune personne qui a un passé dans lequel la domination est la norme, et que même si le partage et le respect sont ses idéaux, elle ne pourra pas s’empêcher, sur le moment, de réagir par conditionnement et de décider de manière autoritaire que la salle lui appartient et que les autres doivent sortir de suite.

Et parce que même si A et B parviennent à s’entendre, il ne s’agit pas que de A et B.

Il y aussi C qui veut regarder un film, mais pas le même que B.

Il y a D qui veut travailler dans la pièce d’à côté et qui est gêné par le bruit du piano.

Il y a E qui occupe la salle toute la journée car c’est sa salle préférée, et qui refuse de sortir pour laisser sa place car elle estime que c’est sa liberté d’y rester.

Il y a F qui avait prévu depuis une semaine d’utiliser cette salle avec son groupe de musique pour répéter leur dernier morceau, mais en l’absence de règle, le groupe doit négocier avec les envies spontanées de A et B, et F ressent beaucoup d’injustice de se faire « passer devant » alors qu’iels avaient pris la peine de s’organiser pour trouver la date adéquate.

Il y a G qui aimerait aussi utiliser la salle, mais qui a un tempérament réservé et n’ose pas se manifester. Il écoute les débats houleux entre tous ces acteurs et préfère se sacrifier plutôt que d’entrer en confrontation.

Il y a H qui lit un livre à côté, et qui se sent gêné par le volume sonore que prend la négociation. Il demande plusieurs fois à ce que le bruit cesse mais rien n’y fait, alors il finit par crier et leur demander à toutes et tous de quitter l’espace. Comme H est un ado d’1m80, les jeunes qui débattaient se soumettent par peur, et quittent la salle.

Résultat : chacun.e est en train de s’efforcer de transformer les émotions vives qui ont découlé de cette situation, et les diverses activités souhaitées… n’ont pas lieu. Car il n’y a plus d’énergie pour cela.

Les membres, étant frustré.e.s de passer leur temps à débattre pour un oui ou pour un non, et de n’avoir même plus le temps de faire les activités en question, expriment le besoin de remettre en place des règles au sujet des réservations de salles.

Cette histoire vraie a abouti à l’élaboration de règles très précises.

–          A chaque entrée de salle, il y a un planning.

–          Les personnes qui veulent utiliser la salle doivent réserver au plus tôt 5 jours avant et au plus tard 1 heure avant.

–          Pas plus de 2 heures de réservation par jour pour une même personne/groupe et une même activité

–          Inclure le temps de rangement dans le temps de réservation.

–          Aérer la salle entre deux activités.

–          Ecrire le nom de la personne et l’activité en cours sur le planning.

–          Préciser si : personne ne peux entrer sans y être invité, si tout le monde peut entrer, ou si on peut toquer pour demander à entrer.

–          Les réservations sont prioritaires sur les activités spontanées.

Depuis que ces règles ont été votées, je n’ai plus entendu un seul conflit lié à l’occupation des salles. Les membres s‘auto-gèrent avec le planning, et chacun.e peut s’organiser pour réserver la salle de son choix, et être assuré.e qu’iel sera prioritaire sur le créneau choisi.

Et la CNV dans tout ça ? Et autres outils de gestion de conflit ?

J’entends déjà des personnes de bonne volonté nous suggérer tout un tas d’alternatives possibles, comme :

  • Faire une médiation
  • Utiliser la CNV
  • Écouter les besoins des un.e.s et des autres, en discuter
  • Accompagner les émotions et les transformer

Nous faisons déjà tout ça. EN PARALLELE des règles.
Nous sommes tombé.e.s dans le « piège » de penser, pendant cette expérimentation, qu’il nous fallait appliquer tout ça A LA PLACE des règles. Et nous avons vu que ça ne nous convenait pas. Et ce, pour plusieurs raisons.

D’abord, si nous faisons ça, et uniquement ça, nous passons nos journées à cela. Car il n’y aucun moment où on peut trancher avec une règle d’usage sur laquelle on se sera mis d’accord : « Okay, j’entends tes besoins, allons en discuter sur les canapés, mais en attendant, la règle lui permet de réserver cette salle, tu vas devoir attendre ton tour. » Dans cet exemple, on accueille et accompagne, si besoin, l’émotion de la personne, mais la vie de l’école peut continuer et les activités peuvent avoir lieu. Sans règle pour trancher, personne n’utilise jamais la salle, car nous passons des heures à accompagner les émotions, qui n’en deviennent que plus vives de jour en jour de par la frustration de ne pas pouvoir mener à bien une activité qui nous tient à cœur. C’est ce que nous avions fini par vivre sur la fin de l’expérimentation. Nous passions nos journées à débattre pour tout et rien, et c’en était devenu extrêmement épuisant pour tout le monde. Même lorsque le débat est pacifique et constructif.

Car même si nous pensons tou.te.s avoir le même « sens moral » et les mêmes valeurs, le quotidien nous montre qu’une même valeur peut se décliner en un million d’infimes subtilités, et si nous ne prenons pas le temps de définir une règle précise qui serait à mi-chemin entre toutes nos visions, nous passons notre journée à débattre de ces subtilités pour chaque petit acte du quotidien. Ce qui peut s’avérer très intéressant si on a le temps et l’envie de ne faire que ça, et si on est 2 ou 3 peut-être. Mais dans notre cas, où l’on est une trentaine, et qu’on a chacun.e des projets et des activités qu’on a envie de mener à bien, nous choisissons de définir ensemble des règles qui nous conviennent, afin de pouvoir faire d’autres choses de nos journées que simplement repenser le cadre à chaque seconde. Afin que le cadre facilite et permette les projets, plutôt que de les entraver et les retarder…

On en était arrivé à repenser le cadre encore et encore et encore…mais sans plus avoir l’énergie d’y faire vivre quoi que ce soit…dans ce cadre.

Enfin, nous ne parlons pas d’un collectif de 30 adultes éveillés et conscients qui ont passé les 20 ou 30 dernières années de leur vie en thérapie et en stages de CNV et autre, qui savent parfaitement gérer n’importe quel conflit, accueillir toutes leurs émotions ainsi que celles des autres, et sont conscients de toutes leurs blessures (ça existe en fait ?).
On parle d’un collectif de personnes ayant entre 5 et 50 ans, la grande majorité ayant en-dessous de 18 ans. Non pas qu’on soit moins « sage » à 10 ans qu’à 40, et le contraire nous est d’ailleurs prouvé régulièrement. Mais de manière générale, quand on a 10 ans, dans cette société, on a passé 10 ans à obéir à des adultes, pas à se questionner sur la notion de responsabilité. Et même à 30 ou 50 ans. On a beau avoir fait tous les stages de CNV qu’on veut, et s’être questionné autant que possible sur la notion de liberté et de responsabilité, sans l’avoir vécu dans le réel, dans la pratique, on ne sait pas encore. Et on se surprend à avoir des réactions et des émotions inconnues jusqu’alors, car ce nouveau cadre fait sortir de nouvelles choses.

En route vers la pleine responsabilité…un chemin lent et parsemé d’étapes

En bref, l’intégralité du collectif découvre seulement la liberté et la responsabilité, et expérimente depuis quelques mois seulement, ce que ces mots signifient dans la réalité, au quotidien.
Il ne me semble pas qu’on puisse raisonnablement passer de « tout le monde décide tout pour moi et je n’ai aucun pouvoir sur ma vie » à « je suis entièrement responsable de chacun de mes faits et gestes, à tout instant ». Il y a des étapes entre ces deux états. Et me fier à une règle, décidée ensemble démocratiquement, lorsque je vacille et que je me perds dans mes tourments, en est une.

Je ne suis même pas sûre que n’importe quel collectif, aujourd’hui, dans l’état présent du monde, soit prêt pour vivre dans une harmonie totale sans aucune règle commune, juste sur la base d’une communication authentique et non-violente. Mais peut-être que je me trompe, et je serais ravie de découvrir des contre-exemples.

En tout cas, je n’en ai pas encore trouvé. Et partout où on dit en façade qu’il n’y a pas de règle, il y a en dessous des relations insidieuses de domination et de pouvoir. Chez nous par exemple, j’ai pu observer qu’au bout d’un certain temps, en l’absence de règles, certain.e.s membres ont usé de leur âge, de leur taille, de leur charisme ou de leur grosse voix, pour intimider ou manipuler les autres, et ainsi imposer leurs besoins et envies. Sans méchanceté, sans penser à mal…juste par habitude et par conditionnement.

En l’absence d’une décision collective sur le cadre très précis de notre vie ensemble dans cet espace, les relations de domination et de pouvoir qu’on connaît dans le reste du monde s’imposent à nouveau à nous. Car on ne sort pas comme ça, en un claquement de doigt, juste parce qu’on l’a décidé un jour. C’est une attention à chaque instant, et une longue et lente déconstruction. Et si des règles décidées ensemble peuvent être une béquille pour nous aider dans cette transition, je ne vois plus le mal.

Dans le prochain épisode, je partagerai avec vous d’autres réflexions personnelles nées suite à cette expérience, cette fois au sujet de la différence entre le rêve…et la réalité.

Ensuite, je vous parlerai de ce que nous expérimentons à présent au sujet du cadre démocratique, suite à ces expériences et ces réflexions.

Cindy

Vivre sans règles ? – Episode 2 – L’expérience

Mardi 19 juin.

Voilà un tout petit peu plus d’une semaine que nous vivons sans règlement et sans Conseil de Justice.

Hier, nous avons fait un atelier, avec la méthode des 6 chapeaux de Bono, pour discuter de cette première semaine, voir ce qu’on en retire (négatif et positif) et quelles sont les envies pour la suite. Je vous livre ici mon compte-rendu de cet atelier, afin de vous donner un aperçu de l’ambiance générale dans l’école, au cœur de l’expérience.

Dans le chapeau NOIR (points négatifs, faiblesses, risques)
–> Les tâches de ménage qui ne sont pas faites par certaines personnes.
–> Aucunes conséquences après des comportements gênants.
–> Les quelques personnes qui font un amalgame entre « plus de règles » et « je fais tout ce que je veux sans faire attention aux autres »
–> Pas assez d’outils pour la gestion des conflits.
–> Fatigué de devoir toute la journée exprimer ses besoins (ex : « j’ai besoin de calme », 20x par jour)
–> Manque de structure des journées sans le CJ quotidien.
–> Bruit.

Dans le chapeau JAUNE (points positifs, avantages, opportunités)
–> Sans CJ, ça nous laisse plus de temps pour faire d’autres choses.
–> Moins de contraintes.
–> Ne pas se reposer sur les règles et le CJ rend plus responsable, car on doit se demander si on pense que ce qu’on veut faire est juste ou pas.
–> On part de soi pour prendre une décision, et pas de quelque chose d’extérieur à soi comme la règle.
–> Ambiance plus détendue et sereine, car pas le stress de transgresser des règles, et d’avoir à aller en CJ.
–> Les personnes qui continuent de respecter certaines règles qui font sens, non plus pour se conformer mais parce qu’elles ont conscience de leur utilité.
–> Pas besoin de penser toute la journée aux règles, et à les rappeler à tout le monde.
–> Prises d’initiatives des membres pour résoudre des conflits.

Dans le chapeau ROUGE (les émotions)
–> Sentiment de responsabilité plus grand
–> Peur
–> Colère
–> Confiance
–> Ennui
–> Sentiment d’être perdu
–> Détermination
–> Sentiment de savoir maintenant ce qu’on veut et ce qu’on ne veut plus
–> Enthousiasme
–> Curiosité

Dans le chapeau VERT (envies, solutions, alternatives, idées pour la suite)
–> Des règles qui seraient plutôt des informations/suggestions, avec lesquelles chacun fait ses choix en conscience
–> Pas de CJ ou bien juste un par semaine
–> Un CJ seulement pour les cas de non-rangement et tâches de nettoyage non faites
–> Pas de règles, mais approfondir et préciser la charte d’engagement qui est signée en début d’année + la relire avec les membres plusieurs fois dans l’année
–> Que toutes les personnes présentes sachent très clairement pourquoi elles sont là, pas de membres « touristes » qui sont là juste pour ne pas être ailleurs
–> Développer et diversifier les outils de gestion des conflits et d’accueil des émotions
–> Cercles restauratifs (plusieurs facilitateurs.rices de cercle pressentis)
–> Des médiations plus souvent (plusieurs médiateurs.rices pressentis)
–> Ajouter à l’ODJ du Conseil d’École ou en-dehors, une partie « vivre ensemble » ou météo « comment je me sens à l’école »
–> Plus d’outils pour partager ses idées et projets (tableau sur un mur par exemple)
–> Plus d’activités et intervenants extérieurs
–> Plus d’adultes pour répondre aux intenses besoins émotionnels des membres
–> Du personnel de ménage
–> Plus de sorties pour décharger l’énergie dehors plutôt que dans l’école

Nous avons prévu un autre atelier dans quelques jours, pour faire passer tout ça dans le concret, et proposer au CE de l’après-midi une application concrète à ces envies et idées évoquées.:

Je crois que l’expérimentation ne fait que commencer…

Personnellement, cette semaine a un grand impact sur moi, et ma façon d’envisager les choses. Je sens même un impact sur ma vie en dehors de l’école, comme à chaque fois qu’il se passe quelque chose de fort et questionnant ici. Je re-questionne les limites, les règles, les sanctions, le vivre-ensemble, les attentes, les valeurs, le sens moral… Et je sens que je me rapproche de plus en plus de ce que je souhaite réellement, au fil des expériences, comme ça semble être le cas pour nombre d’autres membres de l’école.
J’apprécie les conversations quotidiennes avec les membres, au sujet du réel POURQUOI qui est à la racine de nos décisions et de nos actes ; ça amène une profondeur nouvelle aux questionnements et à la notion de responsabilité.
Il est vrai que c’est fatiguant pour le moment de devoir répéter toute la journée ses besoins afin que les autres les prennent en considération, plutôt que la règle. Mais j’ai l’intuition qu’avec le temps, une conscience plus aiguisée de l’Autre, des limites naturelles et du respect, naîtra. La graine est plantée en tout cas. On verra comment le collectif fait évoluer tout ça !

Suite au prochain épisode…

En bonus le document des 6 chapeaux de Bono :

doc-UDN-p-7

Vivre sans règles ? – Episode 1 – La proposition

Cindy nous raconte au travers d’une série d’épisodes, une fascinante histoire qui a commencé au printemps dernier à NovAgora.

Pour ne pas en louper une miette, n’oubliez pas à vous abonner à ce blog !

« Aujourd’hui, lundi 11 juin 2018, commence à l’École NovAgora, une expérience de deux semaines. Deux semaines de vie en collectif…sans règles !
Pour comprendre comment on en est arrivé là, flash-back au Conseil d’École d’il y a deux semaines…

Jeudi 31 mai 2018. La jeune membre chargée de créer l’Ordre Du Jour le matin du Conseil d’École, affiche l’ODJ à la vue de tous. Nous pouvons entre autres y lire une proposition d’un ado de l’école : « Supprimer le CJ et les règles. ».

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Les premiers membres qui arrivent lisent l’ODJ, et s’arrêtent sur cette proposition, avec des réactions diverses, allant de l’euphorie à l’angoisse. Iels se passent le mot, bientôt toute l’école ne parle que de cela. Et ainsi passe la demi-journée, de 8h jusque 14h, partout où l’on se trouve dans l’école, on entend parler de ce sujet, les conversations sont riches et animées !
Même les plus jeunes qui ont 4 ans, ont vent de cela et viennent s’asseoir avec moi pour en discuter. Iels sont venu.e.s me demander si c’était vrai que cette proposition avait été faite, et quelles seraient les conséquences si on votait POUR. Ils me font part de leurs craintes, et nous avons une discussion au sujet de la règle « agression physique » qui selon elleux devrait être maintenue.
À ce stade, je suis gagnée par l’ambiance environnante et j’oscille moi aussi entre euphorie et angoisse. Je sens que quelque chose d’important se joue, et le sérieux des questionnements des plus jeunes me le confirment.

14h, c’est l’heure du Conseil d’École.
Nous n’avons jamais été autant de personnes autour de cette table depuis 8 mois que nous vivons cette aventure ensemble. Presque toute l’école est au rendez-vous, une vingtaine de personnes allant de 4 à 50 ans sont présentes et attendent avec impatience LA proposition qui fait déjà tant parler d’elle ! Consciente que la discussion sera longue, je fais passer les autres propositions en premier, et je les sens tou.te.s fébriles et impatient.e.s. …

Enfin j’annonce que nous passons à la proposition de suppression de toutes les règles et du CJ. Et nous voilà partis pour plus d’une heure d’un débat animé ! Les prises de parole se succèdent, les arguments fusent, les émotions s’en mêlent… Moi-même sous l’emprise d’émotions diverses, et remuée par le débat, je peine à maintenir ma posture d’animatrice. C’est sportif.
Plus d’une heure de débat donc, où l’on entend les arguments de celleux qui ne voient pas l’intérêt des règles et qui trouvent absurde de se référer à une règle plutôt qu’à son sens moral pour poser un acte, celleux qui ont besoin de règles pour se sentir en sécurité, celleux qui proposent de garder les plus fondamentales et de supprimer les autres, celleux qui pensent que c’est possible de vivre sans règles mais pas avec des très jeunes enfants, celleux qui sont ok pour supprimer les règles et puis se rendent compte que « et les tâches de ménage alors ? Si tout le monde arrête de les faire on fait quoi ? », celleux qui quoi qu’ils arrive sont juste curieu.x.ses de tenter l’expérience et sont persuadé.e.s qu’on en ressortira grandi.e.s…etc etc
Et les émotions sont bien présentes de toutes parts aussi : l’excitation de s’affranchir des règles, la peur du chaos, le sentiment d’insécurité, la curiosité de tenter l’expérience, l’euphorie de sentir cette implication de tou.te.s…
On sent que c’est quelque chose d’important qui se joue.

Une fois que le débat a épuisé tous les arguments, nous passons au vote :
→ Proposition de reporter le vote à la semaine prochaine pour avoir le temps de réfléchir plus : CONTRE
→ Proposition de faire 2 semaines d’expérimentation sans règles et sans CJ à partir de lundi 4 juin : POUR

Tout le monde quitte le CE un peu sonné. C’est mon cas également.
Je me sens à la fois émerveillée de ce grand moment de débat philosophique et citoyen que nous venons de vivre. Touchée par la présence de chacun.e et l’implication nouvelle que cette proposition est en train de faire naître. Émue de sentir les liens entre tou.te.s se souder de plus en plus autour de ces questionnements. Et en même temps, je me sens perplexe. Tout cela est allé vite, c’était intense. Je me dis après-coup que j’aurais du demander une pause au milieu du débat, afin de laisser retomber les émotions, et permettre à tou.te.s de voter la tête froide.
Je prends également conscience de l’utilité du vote en 2 lectures par défaut, dont nous n’avions pas encore eu besoin jusque là, mais que nous utilisons à présent suite à cette expérience.

Les quelques archives de ce fameux CE :

Je ne suis pas la seule à me dire que tout cela est allé trop vite, et déjà, une membre rédige une demande de CE extraordinaire pour le lendemain. Sa demande est rapidement signée par le nombre de personnes nécessaires.

Le lendemain donc, la proposition est faite de reporter le début de l’expérimentation au lundi 11 juin, afin que celleux qui ont besoin de se faire à l’idée, aient le temps de se préparer psychologiquement, et afin qu’on ait le temps de discuter des modalités, de prévoir des « sorties de secours » au cas où, etc. Là, tout le monde prend conscience de la précipitation dans laquelle tout cela s’est fait la veille, et nous votons le report de l’expérimentation au lundi 11 juin.

Nous voilà donc arrivé au jour J dont tout le monde a tant parlé toute la semaine qui vient de s’écouler. « Lundi y’a plus de règles ! » et sont lot de projections sur ce qui va, ou ne va pas se passer.

Et pour le moment…je ne vois aucune différence avec un autre jour de l’année… Sinon que les discussions au sujet de la motivation derrière un acte (règle ? sens moral ? autre ?) se poursuivent, et que ça promet d’être intéressant (ça l’est déjà).

Suite au prochain épisode…

Cindy

Une chouette rentrée à NovAgora

Récit d’une première journée à NovAgora

“Le 3 septembre 2018

Je suis arrivée à l’école à 7h30 ce matin, j’avais encore quelques trucs à finir avant l’arrivée des premiers membres. A 7h45, (¼ d’heure avant l’ouverture officielle) j’entends la sonnette de l’école, V. est déjà là ! Il voulait être vraiment à l’heure pour la rentrée ! Les autres membres arrivent au fur et à mesure de la matinée. L’ambiance est calme.

A 10h30, nous nous réunissons tou.te.s dans l’ancienne salle cinéma qui a été transformée pendant cet été en salle “de mouvement”, “polyvalente”, “de motricité”… le nom n’est pas encore fixe (et puis je ne vois pas le problème d’avoir plusieurs noms). C’est l’heure du “speech de rentrée”, une explication simple du fonctionnement de l’école pour les nouveaux et un rappel pour les anciens (un rafraîchissement de la mémoire ne fait pas de mal). Les bases pour cette nouvelle année sont posées !

Chacun.e retourne à ses activités.

Certain.e.s restent dans cette nouvelle salle qui a l’air de plaire.

J’anime un stand ménage, tout le monde passe me voir seul ou en petit groupe tout au long de la journée pour des explications de l’organisation du ménage de cette année ! 

L. et A. se sont mises à désherber la terrasse.

Cindy dessine avec L. et d’autres membres.

Bernard joue à un jeu en parlant anglais avec A. un nouveau membre norvégien et croate, c’est chouette d’entendre des nouvelles langues.

Claire organise ses classeurs d’administratif, “mais en fait je me rends compte que j’aime faire de l’administratif, enfin pas trop longtemps d’affilé, là ça suffit”. Ça fait du bien d’être organisé !

On se rappelle le chaos de la rentrée de l’année dernière et on oublit vite pour profiter de cette journée.

Les discussions reprennent “Si la couleur brun s’appelait “lila”, elle serait déjà un peu plus belle”

Je reçois un mail du comptable pour me dire que les déclarations d’embauches sont faites.

Des membres jouent au nouveau baby-foot, c’est le seul moment de la journée où j’entends un peu de bruit dans l’école.

Je fais de la brioche avec L., J. et C. Miam !

Un ancien membre de l’école est déjà de retour pour visiter l’école et constater les changements qui ont eu lieu pendant les vacances.

J’apprend que Y. a créé sa chaîne YouTube de parkour cet été.

A la fin de la journée, il me semble que tout le monde a fait sa tache de ménage du planning provisoire, je quitte l’école, elle est dans le même état que ce matin, c’est à dire rangée et propre !

Je pédale sur mon vélo pour rentrer chez moi, la température extérieure est idéale, la lumière est belle, j’ai envie de chanter, tout est parfait. Je me sens sereine, joyeuse et j’ai confiance pour la suite ! Ça va être chouette, même très chouette !

Maëlle”

Hier j’ai pris conscience que des 20 rentrées scolaires que j’ai faites depuis mes 2 ans et demi, celle là était sans doute la plus belle de toutes !

Témoignage d’une immersion à NovAgora (mars 2018)

Héloïse a fait une immersion d’une semaine à NovAgora, voici son témoignage :

« Bonjour ! Je m’appelle Héloïse et j’ai fait un stage d’immersion à NovAgora, l’école démocratique de Strasbourg, en mars 2018, en tant que (future) porteuse d’un projet d’école démocratique de type Sudbury. Après maintes lectures sur le sujet, j’ai senti assez rapidement que ça devenait nécessaire de VOIR ces beaux principes mis en pratique… Voici quelques-unes de mes réflexions qui me sont venues au cours de ce stage.

Je n’ai pas été surprise par les spécificités générales des écoles Sudbury à cause de mes lectures et de mon cheminement en amont (par exemple, pas d’enseignants ni de programme, chacun fait ce qu’il veut et est respecté comme l’être humain qu’elle/il est, conseils d’école et de justice pour réguler la vie collective etc.). Cette semaine d’immersion m’a plutôt permis prendre la pleine mesure de ce qu’impliquent les différents aspects de la philosophie Sudbury. Que signifie, EN PRATIQUE, permettre à chacun.e de vaquer librement à ses activités, sans intervenir, sans influencer ? Que signifie, en pratique, considérer les enfants de 4 ans (et les plus grands) comme mes égaux ? Que signifie, en pratique, être dans une démocratie où tout le monde, du plus jeune au plus vieux, a les mêmes droits et les mêmes devoirs ?

En tant qu’immergée, j’ai fait comme si j’étais candidate pour devenir membre de cette école et que je voulais voir, avant de m’engager, à quoi les postulats Sudbury correspondent concrètement. Même si c’est difficile de lutter contre un réflexe, j’ai aussi essayé de m’abstraire de la comparaison avec l’école traditionnelle : les écoles démocratiques n’existent pas par rapport à l’école traditionnelle (qui s’est arbitrairement érigée en norme, jauge et juge de l’ensemble des structures destinées à accompagner la jeunesse) dans une optique de résistance ou de contradiction de la norme, elles existent en soi pour incarner leurs propres valeurs.

Il m’est vite apparu que le staff de NovAgora est une équipe exceptionnellement soudée : les quatre adultes membres actives permanentes, comme leurs deux homologues à temps partiels, sont parfaitement au clair et en phase avec la philosophie qu’elles (+il) se sont choisie, qu’elles appliquent en parole, en action et en essence, en tout temps. Je souligne aussi qu’elles ont été accueillantes et disponibles pour toute discussion du début jusqu’à la fin (merci !!). A leur contact, on s’aperçoit bien vite que faire partie du personnel dans une structure de ce type signifie à la fois deux choses : n’avoir rien à faire, et être débordé.e de choses à faire. N’avoir rien à faire, parce que le staff, au même titre que les jeunes, et pour incarner le principe de la liberté, se doit de ne faire que ce qu’il a envie de faire. Être débordé.e de choses à faire, parce que maintenir une école exige beaucoup de démarches administratives. Je suis reconnaissante à toute l’équipe de m’avoir fait part de ses réflexions en cours et de m’avoir permis d’assister à des ateliers de discussion, par exemple sur la posture à adopter en cas d’inspection ou sur l’évolution du CJ.

On se sent très vite comme chez soi, sans doute aussi parce que les lieux ressemblent à un grand appartement bien équipé. J’ai eu assez vite l’impression de faire partie de la petite communauté, parce que les conversations avec les membres étaient faciles à entamer et passionnantes, et parce que moi aussi j’étais libre d’être et de faire. J’en oubliais presque que je devais partir à la fin de la semaine !J’ai beaucoup aimé jouer et échanger avec les jeunes membres, apprendre ce qui les a amenés dans cette école, ce qu’ils aiment faire, quels sont leurs projets, quel est leur point de vue sur le fonctionnement de l’école démocratique. Pris au sérieux et pour ce qu’ils sont, les enfants et adolescents font tous preuve de maturité et réveillent même parfois en nous de vieux conflits intérieurs, ou suscitent des interrogations inédites…

Un des éléments les plus controversés est le Conseil de Justice, un organe en plein remaniement lors de mon immersion, tant dans son vocabulaire (« plainte », « sanction » et « accusé » devenant « constat », « régulation » et « concerné »…) que dans son fonctionnement : le jury était souvent peu motivé, certains jurés votaient en prenant en compte leurs propres intérêts ou leurs affinités, parfois les « constats » cachaient davantage des tensions interpersonnelles qu’une transgression du règlement, certaines sanctions étaient perçues comme injustes…

Je développe ce dernier point avec un exemple : un membre a été interdit de CJ car il dérangeait ; or le règlement exigeait sa présence au CJ pour traiter un « constat » le concernant ; donc peu importe qu’il décide d’être présent ou absent au CJ, il serait à nouveau sanctionné. Pour lui, cela montrait clairement que cet organe était injuste et défaillant dans son fonctionnement. Pour le staff présent au CJ, il était (aussi) de la responsabilité de ce membre de chercher une solution plus juste et viable. Je me demande s’il aurait fallu une règle stipulant qu’une sanction ne peut pas être valable si elle entre en contradiction avec le règlement (qu’elle est censée faire respecter).

NovAgora est une structure encore jeune, par conséquent il faut encore un peu de patience avant que la philosophie s’installe, et c’est aussi l’observation de ce mouvement de transition qui était intéressante pour moi. Avec le temps et l’expérience, chaque membre comprendra quelles responsabilités lui incombent pour que ce lieu devienne véritablement le havre de liberté qu’il aspire à être. J’ai été frappée de voir avec quelle aisance certains des plus jeunes évoluent dans cette démocratie, proposant, négociant, votant avec professionnalisme, dans et hors des conseils. J’ai confiance qu’à force de vivre dans cette culture de l’écoute de soi et des autres, de la justice et de la liberté, l’ensemble des membres trouve sa place dans ce fonctionnement, sans cesse affiné par l’intelligence collective.

Quittant tout juste un groupe de travail pour la création d’une école centrée sur la bienveillance, je suis d’autant plus certaine, après cette immersion à NovAgora, que la valeur que je veux suivre est la liberté.

Héloïse »

Si vous êtes vous aussi intéressé.e.s pour faire une semaine d’immersion à NovAgora n’hésitez pas à contacter Cindy par mail : cindy.kaercher@gmail.com (Objet du mail « immersion novagora »)

A tous ceux qui pensent que…

…les enfants des écoles démocratiques ne trouveront plus leur place dans la société

Témoignage de Judith, maman de 3 enfants membres de NovAgora 

Depuis que nos enfants ont intégré NovAgora combien m’ont posé la question : « Vous n’avez pas peur que vos enfants ne trouvent plus jamais leur place dans la société ? » ou bien encore « Comment pensez-vous qu’ils vont pouvoir rejoindre un cursus classique pour faire des études supérieures ?

Je mentirai en vous disant ici que moi même je n’ai pas un moment été habitée par ces mêmes questionnements… mais j’ai rapidement pris du recul par rapport à ma propre expérience : enfant et élève modèle mais sans grande facilité, j’ai toujours bosser dur et mes parents n’imaginaient pas que je ne ferais pas d’étude supérieure. C’est donc tout naturellement qu’après mon bac j’ai intégré la fac. J’ai eu mon DEUG aux forceps en 4 ans… Finalement en licence j’ai enfin trouvé ma voie et j’ai reussi plutôt brillament ma suite de parcours.

Concernant nos enfants, nous avons donc accepté de lâcher prise sur cette question.

Et hier avec A. et nous avons eu une longue conversation sur le fait que dans la société française les enfants n’ont pas le droit de travailler avant 16 ans. Elle nous expliquait qu’elle souhaiterait pouvoir financer ses projets et qu’aujourd’hui la réglementation l’en empêche.

Combien d’enfants de cet âge-là seraient venus trouver leurs parents en disant : « il me faut ceci ou cela … est-ce que tu peux m’acheter ceci ou cela. »

Aujourd’hui je ne sais pas quelles seront les difficultés d’A. pour suivre des études superieures dans le système classique. D’ailleurs aujourd’hui je ne sais même pas si A. ira à la fac.

Mais ce dont je témoigne ici c’est de son changement de posture. Je constate que notre fille de 14 ans devient actrice de sa vie elle ne subit plus les choses. Elle n’attend plus de nous  que nous soyons les parents nourriciers, mais elle accepte que nous l’accompagnons sur le chemin de SA vie, écoutant nos expériences pour construire la sienne.

Et je suis convaincue que cette posture lui permettra d’affronter les difficultés qui seront les siennes sereinement et en temps voulu.

Alors merci à NovAgora de libérer nos enfants pour qu’ils deviennent des adultes libres, responsables et heureux. Mais aussi pour nous faire évoluer en tant que parents apprenants tout au long de la vie

CONFIANCE

Judith

Le cheminement d’une maman ordinaire vers une école extraordinaire !

Témoignage de Judith, maman de 3 enfants membres de l’école NovAgora.

Octobre 2017

Cela fait maintenant 4 mois que nous avons découvert les écoles démocratiques et surtout NovAgora, à Strasbourg, cette rencontre nous a questionné beaucoup, bousculé et transformé profondément. J’ai longuement hésité à me mettre derrière mon clavier pour témoigner de ce bouleversement et je pense aujourd’hui être prête à partager ce processus de mutation.

Mon parcours de maman est parsemé de chiffres :

11 ans l’âge de mon fils cadet T. formidable petit garçon (je suis tout à fait objective !!!!) mais avec qui j’ai des relations difficiles…cela peut paraître paradoxal mais je vis avec ce paradoxe depuis au moins 5 ans. Je l’adore mais ne sais plus comment l’accompagner et l’aider…

8 ans que nous cherchons ce qui ne va pas chez T.

6 spécialistes différents (pédo-psy, neuro-psy, psychomotricienne, psychologue…)  des dizaines de rendez-vous sans solution mais de plus en plus d’incompréhension la plus grande étant évoquée par un des pédo-psychiatres que nous avons consulté et qui nous a expliqué que T. « se sent trop en sécurité dans son cadre familial et que de ce fait le monde extérieur, et donc l’école, l’agresse » il nous propose donc de faire de notre maison un endroit moins sécure…je n’en crois pas mes oreilles !!!!

Nous continuerons encore 2 ans comme ça en étant convoqués très régulièrement à l’école pour nous entendre dire que T. ne rentre pas dans les cases.

Le  22 juin 2017 nous venons de découvrir effarés que T. se fait harceler à l’école par des camarades de classe (brimades, insultes…) depuis plusieurs mois…il ne s’est pas confié à nous, nous le découvrons au hasard d’une Xième punition pour laquelle je le dispute, il s’effondre …le milieu scolaire nous renvoit son impuissance et banalise ce qui s’est passé…Je suis à bout, qu’allons nous faire de lui. Cet enfant, mon enfant n’a pas d’avenir, on ne fera rien de lui ! Les jugements, les « bons conseils », les paroles piquantes des autres tournent dans mon esprit…Je suis à bout et avec la rage du désespoir je décide qu’il faut que tout cela cesse…on doit trouver une solution !

Je me mets à chercher une échappatoire, T. ne peut pas continuer à l’école classique alors quelle autre solution : l’école privée, la pédagogie Steiner ????? L’école démocratique ????? Je découvre NovAgora école alternative qui ouvre à Strasbourg en octobre 2017. Le  27 juin 2017 nous décidons de participer à une réunion publique organisée par les co-fondatrices.

J’y vais sans trop de conviction, ce que j’ai lu de cette école me paraît « extrême » : des apprentissages autonomes, une absence de programme. 

Cette réunion représente la première étape de ma mue intellectuelle. On est assis en cercle avec une trentaine d’autres parents qui partagent ou non notre difficulté. Mais ce n’est pas cela qui m’a marqué c’est la façon d’envisager l’enfant comme une personne pleine et entière, les membres de l’équipe bienveillants. Après 2h de réunion je fonds en larmes, je viens de réaliser que ce n’est pas T. qui a un problème mais que le modèle scolaire classique ne lui correspond pas. Je viens de changer de paradigme. Aujourd’hui cela me semble une évidence mais à ce moment là ça a provoqué en moi un vrai bouleversement. Nous décidons après quelques jours de réflexion de tenter l’aventure pour T.

2 mois de recherche de documentation et nous sommes convaincus que ce nouveau modèle peut apporter de la sérénité dans notre existence pour notre fils et d’autres qui ne correspondent pas au critères de l’éducation nationale.

Septembre c’est le moment de la rentrée ! T. a une sœur ainée et un frère plus jeune qui eux vont bien dans le système scolaire classique. Nous débutons donc cette rentrée à géométrie variable avec T. à l’école démocratique et nos deux autres enfants à l’éducation nationale.

1 semaine c’est le temps qu’il a fallu à A. (14 ans) pour nous dire qu’elle ne voulait plus aller au collège qu’elle voulait elle aussi mener ses projets et changer d’école. Une lame de fond venait de saisir notre famille pourtant il nous semblait que tout allait bien. Et puis je reste les bras ballant A. est une élève exemplaire 17/20 de moyenne générale. Rebelote tout tourne dans ma tête je réalise peu à peu que les enfants quels qu’ils soient subissent des apprentissages qui ne les interressent pas toujours. Cela nous renvoit moi et mon mari à notre propre scolarité pas toujours drôle. Je prends conscience que NovAgora ne répond pas qu’aux besoins d’enfants en décalage avec le système classique mais que ce modèle ouvre des possibilités folles à tous les enfants. Du haut de ses 14 ans A. argumente et nous expose tous les projets qu’elle a. Elle est bluffante de persuasion. Elle rencontre l’équipe de NovAgora, s’enthousiasme et confirme son choix. 

Nous continuons notre mutation en douceur dans le cercle familial, le choix de NovAgora se diffuse dans toutes les arcanes de notre vie et même si ce n’est pas magique, nous grappillons tous les jours des espaces de sérénité, nous retrouvons des temps d’échanges intenses en familles.

Aujourd’hui nous souhaitons que M. notre petit dernier rejoigne lui aussi NovAgora cette décision vient compléter notre mutation. Ce choix nous est apparu comme une évidence et un besoin de retrouver un équilibre complet.

Hier, c’etait la pré-rentrée à l’école NovAgora, nous avons passé un moment magique, les enfants libres étaient heureux. T. et A. feront leur rentrée lundi à l’école NovAgora. M. devra patienter encore une ou deux semaines avant de les rejoindre le temps que nous actions son inscription.

Aujourd’hui je suis sereine, ce qui ne veux pas dire que je n’ai pas de doutes mais je les accepte, je les affronte. J’ai l’intime conviction que quelque chose de formidable se joue pour nos enfants, j’ai confiance en eux, je les aime…ESPOIR

Depuis beaucoup de choses se sont passées dans notre vie de famille nous sommes de plus en plus confiants sur ce modèle qui donne des ailes à nos enfants.

L’avenir a besoin de personnes qui savent s’adapter au monde et qui ont la capacité de chercher eux-mêmes leurs solutions, l’école démocratique permet cela. Et dans la mesure où l’on arrive en tant que parents à lâcher prise elle réserve au quotidien de belles et nombreuses surprises.

Judith

Sortie piscine et prise de décision

14 février 2018

Un club piscine organise régulièrement des sorties à la piscine. Une sortie était prévue mardi dernier. Le bassin loisir est ouvert entre 13h et 14h, il était donc prévu que nous partions à 12h30, pour pouvoir profiter un maximum.

Nous sommes partis à seulement 12h45… Le temps que chacun trouve ses affaires, se prépare, qu’on sache qui vient ou ne vient pas (entre ceux qui ont oublié leur maillot de bain et ceux qui disent qu’ils viennent, mais qui finalement ne viennent pas…)

En route pour aller prendre le tram, l’un des membres dit « Mais vous êtes sûrs que vous voulez y aller aujourd’hui parce que le temps de prendre le tram, de se mettre en maillot, on aura à peine 50 minutes dans l’eau ! » C’est là qu’un long débat commença entre les 4 membres âgés de 6 à 13 ans. L’un était persuadé qu’on allait perdre de l’argent si on y allait pour aussi peu de temps, une autre qui avait très envie d’aller à la piscine depuis bien longtemps voulait tout de même y aller. Une autre ne savait pas trop, elle était à peu près d’accord avec tout le monde et la dernière insistait pour qu’on prenne une décision vite parce qu’on perdait soit du temps de piscine soit du temps à l’école… Les arguments de part et d’autre foisonnaient.

« A chaque fois c’est pareil les sorties sont annulées, là on est en route autant y aller »

« Ben vous auriez dû mieux organiser, je veux bien vous aider la prochaine fois et faire une feuille d’inscription »

« Je propose qu’on se décide vite parce que là on papote, on papote, vous faites que papoter »

« Oui c’est vrai vous avez tous raison je sais pas trop quoi dire »

« La prochaine fois il faudra partir plus tôt »

« On aurait dû choisir un jour où le bassin loisir est ouvert plus longtemps »

Je me serais presque cru en plein conseil d’école !

Ce débat sur le trottoir a duré bien 10 minutes.

Pendant tout ce temps je sentais les 4 paires d’yeux se tourner vers moi, « l’adulte ». Comme si c’était moi qui allait prendre la décision, comme si ce que je pensais était la meilleure réponse. Pour moi aller à la piscine ou ne pas y aller n’avait pas trop d’importance. J’ai seulement à un moment suggéré que l’on vote, et je me suis abstenue, devinez quoi ? Tout le monde s’est plus ou moins abstenu aussi, on était bien avancés ! Je sentais ces regards qui attendaient que je trouve une solution pour eux… Mais je ne joue plus ce rôle là. Le rôle de « l’adulte » qui tranche arbitrairement lorsqu’il s’agit de prendre une décision rapide pour d’autres personnes.

J’ai donc attendu patiemment qu’ils se décident. Et nous sommes finalement rentrés, car chacun en était venu à se rendre compte que nous venions de perdre 10 min de plus et que le temps dans la piscine aurait été d’une demie heure tout au plus…

Nous ne sommes pas allés à la piscine, mais j’ai pu assister à un débat très intéressant et débordant d’apprentissages (organisation, calculs mathématiques, logique, argumentation…) C’était encore mieux que d’aller à la piscine !

Maëlle

Réalité

23 Janvier 2018

Avant hier j’étais dans la cuisine avec Claire, elle regardait les dernières photos que Lise avait publiées sur facebook. On y voyait un petit garçon qui apprend à faire du feu avec un ado, des enfants qui mangent la galette des rois qu’une gentille maman a préparée, trois filles du club écologie qui vont ramasser des déchets dans la ville de Strasbourg, des enfants derrière un paysage de plage…

Mais, c’est le pays des bisounours à NovAgora, non ? Vous ne trouvez pas ? Il est vrai que si je ne passais pas la plupart de mon temps au sein d’une école démocratique et me contentais juste de regarder les photos de celles-ci sur facebook ou instagram j’aurais l’impression que toutes les personnes qui vivent dans ces écoles (membres et staff) sont tout le temps heureuses, tous les jours joyeuses, qu’il n’y a jamais de problèmes et que tout va bien dans le meilleur des mondes. Et pourtant…

Et pourtant, certains jours tout le monde est très excité.

Certains jours des personnes vomissent et il faut nettoyer.

Certains jours je n’ai vraiment pas envie de faire ma tâche de ménage.

Certains jours je suis en retard dans mon travail administratif.

Certains jours des personnes m’ont vraiment énervée mais je suis responsable Conseil Justice et je dois donc être la plus objective possible.

Certains jours des personnes pleurent, d’autres se font mal.

Certains jours j’ai passé une très mauvaise nuit et je suis donc très fatiguée…

Bref à peu près comme vous et comme tout le reste du monde je crois !

Même si nous publions sur les réseaux sociaux ce dont nous sommes fiers et ce que nous avons envie de partager, nous ne sommes pas des super-héros super-heureux, nous sommes simplement des personnes libres qui vivent leurs vies avec les histoires, leurs émotions, leurs moments de joie et leurs moments de tristesse.

Donc non, ce n’est pas toujours comme sur les photos de facebook ou instagram. Nous sommes un collectif d’humain.e.s et nous sommes donc en permanence confrontés à la réalité de la vie dans tous ses états. Et heureusement !

Lorsque des personnes posent la fameuse question « Et après l’école ? Comment se fait le passage dans la « vie réelle », c’est pas un peu compliqué ? »,

Croyez-moi, on y est dans la vie réelle !

Maëlle